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Qu’est-ce qui nous rend heureux dans notre activité professionnelle ?

 

Qu’est-ce qui nous rend heureux dans notre activité professionnelle ?

Posté par Danièle Péralez dans Bien Être en Soi, Blog, Être- Penser- Agir 08 Oct 2017

Les travailleurs les plus heureux sont-ils ceux que nous croyons qu’ils sont ?

Aurais-je pensé à écrire cet article si je n’étais arrivée un peu par hasard (?!) sur l’enquête Conditions de travail* (Dares édition 2013), je ne sais pas. Toujours est-il qu’en la consultant l’idée de cet article m’est venue comme une invitation à réfléchir sur notre relation au travail, et sur la notion de bonheur&travail.

Personnellement au mot travail je lui préfère celui d’activité professionnelle, car dans l’esprit collectif travail du latin tripalium, désigne un instrument d’immobilisation et de torture. Ce mot a conservé une charge négative associée à la contrainte, la pénibilité, la corvée, la tâche, la souffrance, l’entrave.

Quand on sait l’influence inconsciente qu’exerce la mémoire collective sur notre vision de la vie, du monde, de notre vie, et de tout ce qui la compose, on ne peut que se sentir invité à reconsidérer chaque grand domaine de la vie (santé, amour, travail, argent, pouvoir …), afin de leur apporter un nouvel éclairage qui ne soit plus seulement celui hérité du passé, mais inscrit dans le présent et la conscience de la réalité que nous souhaitons créer, individuellement et collectivement.

Quelques points ont retenu mon attention dans la synthèse de cette enquête, dont voici le premier.

 

Le niveau de bonheur d’un travailleur n’est pas tant lié à la rémunération elle-même, qu’au sentiment d’être bien, très bien, insuffisamment, justement ou injustement payé.  

On comprend bien que selon chaque individu ce sentiment va être différent et qu’il va évoluer au cours de la vie selon l’âge, l’expérience et les besoins de chacun.

Derrière ce sentiment d’appréciation se joue la réponse à notre besoin de reconnaissance. Chacun de nous a besoin de se sentir reconnu dans ce qu’il considère être sa valeur. Malheureusement cette notion de valeur nous laissons souvent notre environnement extérieur la définir. Dans notre activité professionnelle nous estimons notre valeur au regard de ce que nous recevons en échange de ce que nous faisons, créons, produisons.

 

La valeur que nous nous reconnaissons est liée à l’estime de soi.  Certaines personnes ont des difficultés par exemple à demander une augmentation, ou n’osent pas augmenter le prix de leurs services parce qu’elles confondent leur propre valeur avec la valeur de ce qu’elles font, créent ou produisent. Ce sont des personnes qui pensent ne pas mériter plus que ce qu’elles ont, et qui ont pour habitude de dire de leur travail, de leur service ou de leur prestation : ça ne les vaut pas ou ça ne vaut pas plus que ça, ou bien encore ce n’est pas pour ce que ça m’a coûté ; elles sont souvent dans le don et la gratuité, ce qui ne les aide pas à élever leur estime d’elles-mêmes.
De la même manière une rémunération ou des tarifs élevés ne feront pas forcément le bonheur d’une personne, si celle-ci a peu d’estime de soi. L’argent reçu en contrepartie de son travail ou de ses services assurera à la personne sécurité matérielle et confort de vie certes, mais qui ne sont qu’un des divers composants du bien-être et du bonheur.

Le besoin de reconnaissance est d’abord à initier en soi, si nous ne voulons pas attendre qu’il nous soit donné par l’extérieur, que ce soit de nos relations professionnelles, affectives, familiales, amicales.

 

Le bonheur au travail est lié au sentiment d’utilité

La deuxième observation qui ressort de l’enquête, c’est que le bonheur au travail est lié au sentiment d’utilité, indépendamment du niveau de rémunération. Le fait de se sentir utile est ce qui va donner du sens à ce que nous faisons.

Le sentiment d’utilité est un activateur de joie qui ne tient compte ni du niveau de qualification, ni de la nature de l’activité, ni de l’origine sociale ou culturelle. Lorsqu’une personne se sent utile dans ce qu’elle fait, peu importe si elle occupe un poste à responsabilité ou pas, si elle exerce une activité étiquetée manuelle ou intellectuelle, qu’elle ait un haut niveau d’étude ou qu’elle soit autodidacte, le sentiment d’être à sa place est suffisamment puissant pour niveler ces différences.

Lorsque nous nous sentons utiles, nous nous sentons à notre place, compétents, reconnus, valorisés, l’ascenseur émotionnel nous tire alors vers le haut, c’est-à-dire vers plus de joie, plus d’estime et de confiance en soi, plus de gratitude, plus d’abondance.

Il nous est plus facile et agréable de nous impliquer dans ce que faisons, lorsque nous savons pourquoi nous le faisons, que lorsque nous ignorons totalement la portée et l’utilité de notre geste ou de notre action. Lorsque nous exerçons une activité qui a du sens pour nous, quel que soit celui-ci, nous auto-stimulons notre motivation et donc nous élevons notre niveau de plaisir.

Un autre bénéfice lié au sentiment d’utilité est celui de la fierté ; à ne pas confondre avec l’orgueil ! Se sentir fier de ce que l’on est, de ce que l’ont fait, de ce que l’on crée devrait à mon sens être cultivé dès le plus jeune âge.  La fierté à l’inverse l’orgueil n’induit pas le sentiment de supériorité, de suffisance, de vanité, voire d’arrogance ; mais insuffle chez celui qui le ressent le sentiment de sa propre valeur et de sa contribution à quelque chose de plus grand que soi.

Le dépassement de soi face à ses peurs, ses doutes, ses résistances, son manque de confiance est toujours source de fierté et d’inspiration pour d’autres, que l’on soit ouvrier, employé, cadre, dirigeant, paysan, artisan, entrepreneur.

 

Le niveau de stress au travail n’est pas proportionnel au niveau de rémunération ou de responsabilité.

Le dernier point que je retiens est qu’en matière de qualité de vie, le fait d’être heureux dans son activité professionnelle impacte la qualité de notre vie en général.  Pour le dire autrement plus nous prenons plaisir à faire ce que nous faisons, plus nous trouvons de plaisirs dans la vie.

A contrario le stress, les conflits relationnels entre collègues, avec la hiérarchie, une trop grande pénibilité des tâches, ou une pression excessive face à des objectifs à atteindre, sont des facteurs anxiogènes qui à moyen ou long terme font disparaître toute notion de plaisir au travail, et peuvent mener jusqu’au burn-out.

Une observation qui peut paraître contre-intuitive, c’est que le niveau de stress au travail n’est pas proportionnel au niveau de rémunération ou de responsabilité ; il touche aussi bien l’ouvrier que l’employé, le cadre, le dirigeant, l’agriculteur, le médecin, l’enseignant, le chauffeur de taxi …. Si les raisons imputables au stress sont certes différentes et spécifiques à chaque situation, il n’en demeure pas moins que tout travailleur étant avant tout un être humain, les effets peuvent être aussi dévastateurs pour les uns que pour les autres.

Les facteurs humains liés à la considération, à l’écoute, à la confiance, à l’expression et au partage d’idées, à l’autonomie, à l’initiative, sont ceux qui affectent le plus la personne dans son intégrité, sa dignité, son envie de donner le meilleur d’elle-même.

Le bonheur au travail est sans doute un des grands défis que notre société aura à relever dans les années à venir, pour aller dans le sens de la marche d’un monde qui va vers plus d’humanité. Nous sommes tous acteurs de cette société, et à ce titre nous avons tous notre rôle à jouer et notre place à prendre pour relever ce défi !

 

*Conditions de travail  – Dares 

 

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